Pauvre petite molécule de CO2…

Entre marketing agressif et querelles politiciennes, cette pauvre petite molécule de CO2 n’aura jamais autant été fustigée !
Entendue sur RMC hier matin, Christine Boutin donnant son avis sur la taxe carbone, reprend à son compte la petite phrase de la désormais célèbre publicité de Volkswagen et balance un scoop : l’Homme émet du CO2 en respirant !!!

Si on va au bout de ce raisonnement simpliste, il faudrait taxer aussi les plantes qui, honte à elles, respirent et relarguent du CO2 !!! Oui, le CO2 est nécessaire à la vie sur Terre !

Bref, je vais tenter de replacer la polémique de cette « taxe carbone » dans son contexte…

Protocole de Kyoto

Son but est de stabiliser les émissions des gaz à effet de serre (GES) à un niveau qui ne remettrait pas en cause la stabilité du climat mondial et donc de stopper la part anthropique (c’est-à-dire causée par l’activité humaine) du réchauffement climatique.
Rédigé en 1998, il invite les pays signataires à ramener d’ici 2012 les émissions de gaz à effet de serre à un niveau inférieur à celui de 1990. Les GES pris en compte par le protocole sont au nombre de 6 (voir paragraphe suivant), dont notre petite molécule de CO2.

Les gaz à effet de serre (GES)

Ce sont des composants gazeux qui contribuent par leurs propriétés physiques à l’effet de serre. L’effet de serre est un phénomène qui existe de manière naturelle mais qui est accentué par l’augmentation de la concentration de certains de ces gaz émis par l’activité humaine (et pas par l’Homme lui-même : on cible donc l’industrie, les transports et l’habitat, pas notre droit de respirer !). L’effet de serre est un des principaux facteurs à l’origine du réchauffement climatique (et pas le seul !).

Les principaux gaz à effet de serre naturels (mais dont l’augmentation de la concentration peut être causée par l’Homme) sont :
- la vapeur d’eau (H2O) ;
- le dioxyde de carbone (CO2) ;
- le méthane (CH4) ;
- le protoxyde d’azote (N2O) ;
- et l’ozone (O3).

Les gaz à effet de serre industriels incluent des gaz fluorés comme :
- les hydrochlorofluorocarbures, comme le HCFC-22 (un fréon) ;
- les chlorofluorocarbures (CFC) ;
- le tétrafluorométhane (CF4) ;
- l’hexafluorure de soufre (SF6).

L’eau (sous forme de vapeurs ou de nuages) est à l’origine de près des 3/4 de l’effet de serre total.
Le dioxyde de carbone est le principal gaz à effet de serre produit par l’activité humaine.

Le protocole de Kyoto se concentre ainsi sur le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), le protoxyde d’azote (N2O), l’hexafluorure de soufre (SF6), les hydrofluorocarbures (HFC) et les perfluorocarbures (PFC) ou hydrocarbures perfluorés. Mais ces gaz ont un impact différent sur l’effet de serre, c’est que l’on appelle le potentiel de réchauffement climatique (PRG) : par exemple, si pour 1 g de CO2, on a un PRG de 1, avec 1 g de HCFC on peut atteindre un PRG de 120 à 1200 !!! Les émissions de GES sont alors exprimées soit en tonne équivalent de CO2, soit en tonne équivalent de carbone. Ceci explique le fait que médias et politiques fassent un raccourci de langage en parlant de CO2 et non plus d’équivalent de CO2 ou de GES, avec pour conséquence l’oubli des autres GES d’origine anthropique dans certaines mesures politiques ; le cas du bonus-malus auto en est un exemple.

La « taxe carbone » du Pacte écologique

Lors des présidentielles 2007, Nicolas Hulot et sa fondation ont porté à bout de bras 5 grandes propositions en faveur de l’environnement. Fort du soutien d’une grande partie de la population, les candidats ont été contraints de signer ce pacte et de s’engager en cas d’élection à en respecter les préceptes.
Petit rappel sur le contenu de la proposition 2 du Pacte écologique :

Pour stabiliser la concentration de gaz carbonique dans l’atmosphère et éviter la catastrophe climatique, les émissions mondiales doivent avoir diminué de moitié d’ici 2050 par rapport à ce qu’elles étaient en 1990, soit une division par quatre dans les pays industrialisés. Il faut donc diviser par quatre notre consommation de pétrole et de gaz naturel en France.
Le système européen de quotas ne suffira pas à y parvenir puisqu’il ne pénalise que les émissions des gros acteurs industriels et énergétiques. Les progrès technologiques ne suffiront pas non plus. Aucune autre source d’énergie, aucune nouvelle technologie n’est capable de se substituer en quantité aux hydrocarbures qui représentent aujourd’hui plus des deux tiers de notre consommation d’énergie.
Nous sommes confrontés à un autre défi : la décroissance à venir de l’approvisionnement en hydrocarbures. S’il n’est pas anticipé et géré, un tel événement conduira sans doute à une augmentation massive du prix des hydrocarbures, prélude à des conflits majeurs.
Il est donc indispensable de mettre en place une taxe carbone qui permette de provoquer volontairement une baisse de nos émissions de gaz carbonique et de notre consommation d’énergie fossile avant que nous y soyons brutalement contraints. Cette taxe, applicable au pétrole, au gaz et au charbon, croîtrait de manière progressive, jusqu’à ce que la division par quatre des émissions soit atteinte.

La taxe s’appliquera à tous, administrations, entreprises et ménages. Elle permettrait une évolution de nos systèmes d’organisation économique et de transport, en encourageant le changement des comportements ainsi que le recours à d’autres sources d’énergie. Elle serait accompagnée de mesures compensatoires pour les secteurs économiques et les ménages les plus fragiles.

La taxe carbone version Sarkozy

Notre Président de la République respecte ainsi son engagement électoral en créant la commission Rocard afin de mettre en place la taxe carbone, renommée pour l’occasion contribution climat-énergie. Bah oui, on est français, le mot taxe a toujours du mal à passer… Mais trop tard, le mal est fait, 66% des français sont contre son application selon un sondage TNS-Sofres de ce matin ! 32 € la tonne de CO2 puis 14 selon Fillon puis « non en fait c’est pas dit », verdict courant de la semaine prochaine…
Je n’ai aucune idée de la valeur à imposer, je ne suis pas économiste, ce que je sais c’est qu’il faut qu’elle soit suffisamment importante pour avoir son effet sur les comportements et pour pouvoir financer les investissements nécessaires en retour (soit à destination des ménages les plus fragilisés soit vers des travaux d’infrastructures « décarbonants »)
Reste que sans prise en compte de l’électricité, le schéma est un peu bancal. Je concevais cette contribution climat-énergie plus comme une démarche négaWatt que comme un boycott des énergies fossiles. Le but est le même mais la manière aurait été plus positive, en tout cas dans le discours, dans le sens où les français devraient se réunir pour réduire ensemble leur facture énergétique. Certes, la démarche est douloureuse, il y a tant à faire ! Et nul besoin d’être fortuné pour investir dans les technologies d’économies d’énergie ! Outre les crédits d’impôt et éco-prêt à taux zéro limités aux gros investissements sur l’amélioration de l’habitat, il existe tout un monde de petites solutions techniques, d’éco-gestes. Pourquoi ne pas aider le contribuable à accéder à ces produits et services ?

Voici quelques propositions en vrac :
- mettre en place un bonus-malus écologique sur certains produits du quotidien comme l’électroménager, l’informatique et la Hi-Fi, la plomberie-robinetterie…
- financer l’accès à des organismes de formation pour les artisans du bâtiment pour les convertir à l’éco-habitat
- structurer un réseau plus dynamique d’éco-conseillers, les points info-énergie sont indispensables mais pas suffisants !
- réglementer plus drastiquement le greenwashing et éviter à certains foyers de mauvaises surprises à cause de commerciaux et entrepreneurs bien filous

Si on veut que les français continuent leurs efforts en matière d’environnement, dans une dynamique positive comme nous l’avons connue en 2007, arrêtons de brasser du vent « DD » à toutes les sauces et donnons-nous concrètement les moyens de réduire notre empreinte écologique : les solutions existent et sont à notre portée !


2 réponses à to “Pauvre petite molécule de CO2…”

  • Charlotte dit :

    je pense que la notion de carbone fossile devrait être plus mise en avant. Le carbone fossile, c’est le carbone qui était dans l’atmosphère par le passé, et qui a été stocké sous différentes formes tout au long du développement de la vie.
    le charbon, le gaz, le pétrole, c’est du carbone qui a été absorbé par des végétaux ou des bactéries, et qui s’est retrouvé emprisonné à un moment donné. Au départ, la vie s’est développée grâce au carbone ! mais on ne parle pas là de la vie des humaines…

    D’ailleurs, le moyen de vérifier l’âge du carbone (dans les biomatériaux par exemples, ceux réalisés avec du carbone issu de l’atmosphère), c’est de faire une datation au.. Carbone 14 ! comme pour les découvertes archéologiques, on peut dater l’âge du carbone émis.
    C’est comme ça qu’on a pu dater l’âge du carbone d’une nappe de pollution aérienne au CO2 en Chine. Cette pollution était d’ailleurs composée en majorité des gaz émis par un gigantesque incendie. (Comment, même l’énergie Bois émet du CO2 ?)

    Il reste pour autant que chaque kilomètre que nous parcourons en voiture émet du CO2, fossile, puisqu’il est issu du pétrole.

  • Charlotte dit :

    Sinon, concernant l’intervention de Christine Boutin, cela me mène à cette triste constatation :
    la vérité est détenu par la publicité.
    et oui, aujourd’hui, c’est la pub qui guide les hommes. Ce n’est pas l’état, ce ne sont pas les leaders religieux, ce ne sont pas les politiques, ce ne sont pas les anciens, se ne sont pas les scientifique ni les philosophes..

    Ce sont les publicitaires gavés de coke et vendus aux multinationales subventionnées par l’état.

    En parlant de désenchantement du monde, si Max Weber avait vécu aujourd’hui, il écrirait « le savant, le politique et le publicitaire »…

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