Mon voisin, Nicolas Hulot et moi sommes sur un bateau…

… une tempête se lève, l’iceberg approche et le bal continue… Le capitaine est attablé avec ses convives pendant qu’un matelot et un voyageur voient les ennuis approcher. Malgré leurs tentatives respectives d’alerter l’équipage pour l’un, les passagers pour l’autre, la fête se poursuit et le drame, inexorablement, se produit… Leonardo Di Carpaccio prend l’eau.

Vous aurez deviné que je suis allé voir « Le Syndrome du Titanic » hier soir. Dans mes songes nocturnes, je pense avoir fait un drôle de mélange avec un certain film de James Cameron  étant donné la tournure de mon entrée en matière ! Et je m’en excuse bien bas. Car, redevenons plus sérieux, il y a plein de petites choses à dire sur ce documentaire.

Tout d’abord, j’ai été surpris par le style graphique et l’ambiance musicale. Les co-réalisateurs, Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, n’ont pas choisi la facilité, ils ont pris des risques et je trouve le résultat très convaincant. Comment vous le décrire ? Je dirais organique, voire même atomique, dans le sens où les images font prendre conscience de la nature même des choses, qu’elles soient naturelles ou technologiques. Des nuages aux gouttes de sueur, des rouages des machines aux lumières de la ville, de la terre sauvage à la crasse des ruelles, tout est lié par les mêmes lois physiques, par les mêmes molécules. Les images sont parfois chocs, sans pour autant être gore (sans jeu de mot avec une vérité qui dérange ! ;) ) Et puis, il y a les robots, les jeux vidéos, les voitures, les escalators… tout ce que l’Homme a pu créer de distant de la Nature avec ces fils, ces composants électroniques, cet acier et ses bruits assourdissants.

En face, il y a les Hommes. Car non, il ne s’agit pas d’un film sur la beauté et les mystères de la planète mais bel et bien sur l’humain. Ce film est un pamphlet humaniste. Nous y voyons comment les oubliés de la société vivent malgré elle, en Afrique, en Asie ou en bas de chez nous, comment ils puisent dans nos rebuts les moyens de leur subsistance. Nous voyons surtout le décalage entre nous, occidental, bien standardisé au regard de ce que les civilisations avaient pu élaboré, et eux, laissés pour compte, intégrés de force dans ces standards inappropriés à leur contexte ; vous noterez le regard qu’ils portent à la caméra… Ce qui m’a frappé également c’est le sentiment que finalement, ils ont plus le sentiment de vie, par leur solidarité, leur entraide et leurs sourires que nous, regards vides, planqués derrière nos codes vestimentaires, à la démarche pressée de retrouver son confort intérieur isolé de son voisin. Dès le début du film, j’ai eu un flash de « Wall-e », le chef d’œuvre d’animation des studios Pixar ! Sauf que cette fois, l’humain ex-terrien et supra-assisté de l’animé, c’est nous, aujourd’hui, ici.

Au final, on ne peut s’empêcher de comparer le film à « HOME » et à voir les différences fondamentales entre les deux démarches. Avec YAB, nous observions la beauté d’une Nature sauvage comme celle de l’Homme moderne et de ses œuvres démesurées mais vu d’en haut : difficile alors de se sentir concerné, trop de distance avec l’objet observé. Ici, la caméra nous met le nez dans la poussière et la saleté, pas moyen d’y échapper, on y est. Avec YAB, on a révisé sa géographie et les mathématiques, des chiffres et statistiques pleuvaient toutes les minutes. Ici, point de long discours ni de chiffres coups de poing, l’absurdité du monde « civilisé » nous saute à la figure. Et une phrase de Théodore Monod résonne encore dans ma tête sur le fait que l’Homme fait aujourd’hui des choses, non pas par nécessité, mais seulement parce qu’il a les moyens de les faire, pour prouver sa puissance aux autres. Mais l’Homme n’a-t-il pas déjà prouvé sa supériorité ? Alors pourquoi vouloir à tout prix construire encore plus haut ? Ne devraient-on pas y voir là un symptôme de notre civilisation ? Le même qui a poussé les chefs de clan de l’île de Pâques à construire des moaï toujours plus hauts alors qu’il était de plus en plus difficile de se nourrir face aux changements environnementaux qu’ils subissaient…

Enfin, bien que l’ouvreuse nous ait clairement annoncé à l’entrée « Vous êtes sûr ? Parce que c’est triste hein ! » J’y ai plutôt vu un encouragement à continuer notre combat, à vouloir changer nos habitudes, sans pour autant renier certains aspects de notre civilisation (la médecine, la science, la culture,…) Il s’agit désormais d’être raisonnable, de ne pas gaspiller les ressources pour un confort illusoire et d’apprendre à partager avec les autres. Ce n’est pas l’avenir de la planète qui est en jeu, c’est l’avenir de l’humanité.


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